Témoignages des parents

Témoignage de Nathalie et Hugues, parents de Léo, conçu par FIV ICSI avec don d’ovocyte.

Nous avons respectivement 45 ans et 49 ans et nous sommes  mariés depuis 12 ans. Nous sommes parents d’un petit garçon Léo qui aura 9 ans en Décembre ; il a été conçu par Fécondation In Vivo  ICSI et don d’ovocyte.

Depuis 2002 nous cherchions à avoir un enfant naturellement en vain… Nous nous sommes alors posés des questions… et  avons fait tout un panel d’analyse médicale : problème de stérilité des deux côtes : manque d’ovocyte et problème de mobilité spermatique , cerise sur le gâteau découverte d’une tumeur testiculaire, chirurgie, radiothérapie bref moral au plus bas… Mais nous n’avons pas baissé les bras : nous sommes donc allés au CECOS de Marseille et nous avons été suivis de 2003 à 2004 par un professeur formidable, le Dr .… qui s’est soldé par l’échec de 4 FIV. Nous avons alors fait les démarches pour adopter et nous avons obtenu un agrément, mais au vu de notre âge et des délais trop importants pour adopter, nous avons fait le choix de persévérer en parallèle vers une solution médicalisée.

Après avoir pris l’avis de différents centres en France : Marseille (le professeur …), Montpellier, Nice nous avons décidé de franchir le pas du don d’ovocyte avec ICSI  à Barcelone : nouvelle aventure dans une clinique très « pro » … Heu..  et là le miracle s’est produit !  Un essai avec une donneuse très jeune : deux très beaux embryons implantés… un seul qui se fixe et un beau bébé certes prématuré mais en bonne santé. Voilà notre merveilleuse aventure ! On a osé malgré tout ce que l’on a pu nous dire !… Et on ne le regrette absolument pas !!

Nous sommes tous les deux scientifiques : donc d’un point de vue génétique notre fils dispose de 50% des gènes de son père et 50% des gènes de la donneuse.

Donc le problème d’hérédité génétique ne concerne que sa mère : quel est la part d’innée et d’acquis dans le phénotype ? Il semble de plus en plus évident que l’environnement joue un rôle important et qu’un enfant soit porté par sa mère pendant 9 mois influence énormément son développement ; d’autre part l’éducation et le mimétisme sont primordiaux pour un enfant.

Nous avons fait le choix de lui expliquer son origine depuis sa naissance, il va de soi qu’il n’est pas évident d’expliquer simplement une démarche si complexe à un bébé et à un enfant de 9 ans mais il existe de nombreux livres pour enfants à ce propos (« l’enfant KDO »…).

Nous nous posons des questions sur sa façon d’appréhender cette originalité au moment de l’adolescence par exemple. Pour l’instant  ça ne semble pas lui poser de problème : qu’une dame ait donné une graine à maman pour faire un enfant avec la graine de papa …

Nous nous posons aussi des questions d’ordre médical comment savoir s’il y a des antécédents (problèmes cardiaques, diabètes et autre dans sa famille maternelle dont nous ne savons rien..)

Mais ces questions sont très vite oubliées quand son grand père (maternel) ou sa mère rencontre une tierce personne dans la rue qui les interpelle : « qu’il est beau cet enfant !  Il a vraiment vos yeux ! ou ceux du grand père !… »

Voilà notre histoire. Elle date maintenant mais nous sommes si heureux à trois qu’il fallait vous la faire partager !

Témoignage de Thierry, papa de 2 enfants conçus par FIV avec don de spermatozoïdes.


J’ai 51 ans, je suis marié et père de deux enfants de 16 et 18 ans (nés en 1992 et 1994) conçus par Fécondation In Vivo dans le cadre d’une Insémination Artificielle avec Donneur. J’ai appris ma stérilité  en 1987 au CECOS de Rennes par (…). Après une longue réflexion, accompagnée par le Dr (…) de l’unité de Procréation Médicalement Assisté de la clinique (…) à Rennes, mon épouse et moi avons opté pour une IAD plutôt qu’une adoption, en n’excluant pas non plus le choix de ne pas être parents.

Ayant informé nos enfants dès le plus jeune âge de leur mode de conception, nous avons pu observer, à chaque étape de leur vie, leur évolution quant à leurs questions concernant ma paternité au regard d’un père naturel et de leur père que je suis pour eux. Dans ce contexte, l’interdiction légale actuelle de connaître le donneur est, pour moi, nécessaire et contribue surtout au positionnement de chacun, père, mère, enfants au sein de la famille.

Après 1994, les progrès de la médecine et les techniques nouvelles auraient peut-être pu nous permettre d’envisager une procréation avec mes « quelques » spermatozoïdes. Dans l’éventualité  d’avoir un troisième enfant, nous avions décidé de recourir à la même méthode avec donneur pour d’abord ne pas créer de différence. La question de l’anonymat se pose déjà là : la différence entre un enfant naturel et deux enfants conçus par IAD, et par extension, la différence ou la comparaison entre plusieurs enfants d’une même famille dont le ou les pères biologiques ne seraient plus anonymes.

Enfin, qu’elle est la définition du père. Est-ce celui qui donne en un instant une semence, ou est-ce celui qui assume ses rôles de père nourricier et d’éducateur à vie ?  Et quelle est la valeur du don de la vie dans l’anonymat ? Grande à mon avis et surtout parce que le don anonyme est totalement désintéressé d’au moins toute considération.

Pour l’enfant, du plus jeune âge à l’aube de l’adolescence, le père est celui qui est présent. C’est la  référence. Rarement arrive les questions du père biologique. Elles sont, à cette époque, plus liées au questionnement de la conception qu’à l’identité du père biologique : Comment fait-on un enfant ?

Comment suis-je né ? Qu’ont fait Papa et maman pour que je sois là ?

A cet âge, nous apprenons à nos enfants comment on « fait un bébé » en leur disant aussi qu’il n’y a pas qu’un seul mode de conception suivant les cas. L’enfant a une réponse, elle est claire, la réalité est évoquée en toute transparence. L’enfant est satisfait. Le fait que la Loi n’autorise pas à connaître le donneur freine toute suspicion de vouloir cacher quelque chose. Pour exemple, ma fille était très fière de dire qu’elle n’avait pas été conçue comme tout le monde. Avec son humour d’enfant, elle disait dès l’âge de quatre ans, qu’avant d’être dans le ventre de sa mère, elle était dans un frigidaire et si quelqu’un lui disait que je n’étais pas son père, elle avait une définition spontanée du père qui mettait un terme à toute interrogation.

Témoignage de Gaëlle, maman d’une petite fille conçue grâce à un don


« Ils sont gentils les docteurs » : voilà ce qu’a répondu notre fille de 5 ans lorsqu’on lui a annoncé que son papa n’avait pas de petite graine et que nous avions dû nous en procurer une auprès de médecins. Nous avons profité de la lecture d’un livre « Le Kididoc des comment », et de la question « comment fait-on les bébés », pour aborder le sujet. Cette lecture était préméditée car l’envie de lui fait part de ce don nous tenait à cœur… mais était toujours reporté, manque d’occasion. Nous lui en avions parlé à sa naissance… et ensuite, le temps s’est écoulé. Or nous ne voulions pas reproduire le cas de nombreux parents qui ont tardé à l’annoncer, ou qui ne l’ont pas du tout annoncé, parce que « l’occasion ne s’est pas présenté, et après il était trop tard ». C’est tellement facile d’oublier ce don quand, à partir du moment où la femme est enceinte, on ressemble à n’importe quel couple… puis à n’importe quelle famille.

Nous vous avouons que nous avons ressenti un grand soulagement suite à la réponse de notre fille… Une réponse tellement simple et évidente ! Nous parlons de soulagement, non pas parce que nous avions peur de lui annoncer, mais parce que nous avions peur de ne pas trouver les mots les plus justes à ces questionnements, les mots appropriés à son âge, les mots qui permettront de poursuivre le plus simplement possible la discussion au fur et à mesure qu’elle grandira. Là, il n’y avait rien à répondre à sa remarque, juste à l’approuver.

Cette réponse nous a montré combien les réflexions de notre fille sur le sujet dépendront de son âge. Le soulagement clôt donc cette première étape. Mais nous savons que d’autres étapes nous attendent.

Depuis qu’elle est née, nous sommes persuadés que le sujet ne doit pas être tabou, que si nous le vivons bien, elle le vivra bien. Mais il nous manque des clés. Nous sommes parents, ouverts, aimants… mais pas pédopsychiatres. Et de nombreuses questions se posent. Des questions auxquelles nous ne trouvons de réponse nulle part. Celle qui nous préoccupe en particulier est la suivante : comment faire en sorte que le sujet ne soit pas tabou pour elle alors qu’il l’est pour la société qui l’entoure ? Même au sein de la famille proche, pourtant très au courant, le sujet semble toujours un peu gênant. Alors que penser de ce qu’elle pourrait susciter comme interrogations, voire remarques blessantes si elle aborde le sujet à l’école, par exemple ?

C’est cette question sans réponse qui a fait que nous avons tardé à provoquer l’occasion de l’annonce du don à notre fille. Il s’avère qu’après cette annonce (et le renouvellement de cette annonce lors d’une deuxième lecture du livre plusieurs mois après), notre fille n’en a pas parlé autour d’elle. Mais pour combien de temps ?

Des conseils de spécialistes, des expériences relatives à ce sujet nous aideraient fortement. Ce qu’il faut dire, pas dire, quand, comment. A quoi faut-il s’attendre comme réactions, et ce à chaque âge de l’enfant ?

Nous pensons que le choix du don fait par des parents en désir d’enfants ne doit en aucun cas provoquer de malaise chez l’enfant qui en résulte. ( …). Un spécialiste s’est-il penché sur ces histoires familiales et pourrait-il faire une synthèse des erreurs à éviter (annonce trop tardive, espoir d’avoir accès au dossier à 18 ans, etc.) ? Tout ce qui pourra nous aider à éviter l’apparition de ce malaise sera le bienvenu !